Malentendants, un bar pour se retrouver (Le Point – 05/09/2013)

Le Point – 05/09/2013

Malentendants, un bar pour se retrouver

Stéphane Hanquet à l'origine du Semeia Bar, pour
Stéphane Hanquet à l’origine du Semeia Bar, pour “casser” les barrières entre sourds et entendants. © Arnaud Dauphin/REA

En poussant la porte du Semeia Bar, un nouveau débit de boissons ouvert fin mai, rue Jean-Jacques-Rousseau, le visiteur ne manquera pas de noter l’ambiance sonore toute particulière du lieu, très silencieuse, juste émaillée du tintement comme amplifié des cuillères sur les tasses, du choc des verres sur les tables. Puis quelques notes de musique s’élèvent et une cliente se lève, s’adosse à un mur sur lequel elle place ses deux mains à plat. C’est le mur des vibrations, qui permet aux sourds de percevoir les pulsations de la musique. Car cet établissement, le premier du genre dans la capitale des Ducs, est un bar “à signes”, nouveau lieu de ralliement des sourds et malentendants dijonnais, ouvert aussi, évidemment, à ceux qui entendent. Un lieu de rencontres, animé par Stéphane Hanquet, 35 ans.”C’est d’abord un projet de vie né du besoin de casser les barrières, de permettre aux sourds de rencontrer les entendants et d’autres sourds”, explique-t-il. Ici, lorsqu’un client commande une boisson, elle lui est annoncée à haute voix et dans les deux langues les plus usitées chez les malentendants. Une exhaustivité langagière nécessaire pour fédérer un groupe plutôt divisé.”Les sourds et malentendants composent une communauté de plus de 10 000 personnes en Bourgogne, très éclatée, certains parlant en langue des signes, où les mots sont composés par des signes désignant leur sens, d’autres codant le français en LPC, où chaque phonème est représenté par un signe de la main ou sur le visage”, précise Stéphane Hanquet. Avantage de la seconde, une ouverture vers les entendants et le français écrit, mais au prix, craignent les tenants de la langue des signes, de la disparition de la “culture sourde”. Pour l’heure, en tout cas, le bar “où l’on commande avec les mains”, comme l’appellent les voisins, joue à plein son rôle fédérateur.

Par ARNAUD MOREL


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